La Lettre à César et l'épitre sont la clef du mystère des prophéties. Elles sont également des messages codifiés, adressés à un personnage du futur auquel Nostradamus donne le nom de son fils ainé, César. Ce n'est pas à l'aveuglette que le prophète a choisi ce nom, mais bien plutôt pour établir un lien direct entre ce fils réincarné au XXe siècle et le personnage dont il annonce la naissance dans les Centuries.
Lorsqu'il dit à César,
Ceux qui ne croient pas à la réincarnation trouveront sans doute ici une raison de dénigrer les prophéties, mais je leur rappellerai seulement l'histoire de Copernic qui affirmait que les planètes tournent autour du soleil ainsi que sur elles-mêmes, théorie qui fut condamnée par l'église en 1616. Copernic doit bien rire dans sa barbe aujourd'hui. Il est question ici d'un univers cosmique multidimensionnel de naissance et de renaissance, mais ce sera toujours une question d'ouverture d'esprit.
car la parole héréditaire de l'occulte [le don de prophétie] sera dans mon estomac [progéniture?] intercluse,
le prophète semble dire à son fils [réincarné] qu'il recevra, lui aussi, le don de prophétie, ce que Nostradamus confirme à la fin de la Lettre. Le contenu de cette lettre s'adresse donc à cet individu auquel il tente de faire comprendre que le don de prophétie est une épée à deux tranchants et qu'il n'est pas toujours recommandé, et parfois dangereux, de dévoiler l'avenir:
Si je venais à reserer ce qu'à l'avenir sera, ceux de règne, secte, religion et foi trouveraient si mal accordant à leur fantaisie auriculaire qu'ils viendraient à damner ce que, par les siècles à venir, on connaîtra être vu et aperçu.
[s'il fallait que je dévoile l'avenir maintenant, les gouvernements et les chefs religieux des églises et des sectes y verraient tellement de contradiction avec leur fantaisie auriculaire - comme dans 'mon petit doigt m'a dit'- qu'ils en viendraient à maudire ces événements qui seront alors le passé et le présent des siècles futurs.]
Il reconnait que l'astrologie et l'astronomie sont des outils précieux pour prédire le futur et déterminer le lieu et la date d'un événement:
Mais, moyennant quelque indivisible éternité, par comitiale agitation Hiraclienne, les causes par le céleste mouvement sont connues,
[mais, parce que l'éternité est indivisible, et le cosmos étant, selon Héraclite, en état constant de changement et de mouvement, la cause (des choses) est connue par le mouvement des planètes.]
mais il insiste que le don de prophétie est d'inspiration divine,
mais la parfaite des causes notice ne se peut acquérir sans celle divine inspiration...
[mais la connaissance exacte des causes n'est pas possible sans cette divine inspiration...]
laissant comprendre par là que, bien que l'astrologie et l'astronomie furent des outils très utiles, les visions elles-mêmes étaient de source divine.
Pour ce qui est de l'interprète des prophéties, Nostradamus nous donne, en plus de nombreuses références dans les quatrains, deux indices très importants. Le premier apparait intentionnellement au début de la Lettre':
Et depuis qu'il a plu au Dieu immortel que tu ne sois venu en naturelle lumière dans cette terrene plage, et ne veux dire tes ans qui ne sont encore accompagnés...
[Et comme c'est la volonté de Dieu que tu renaisses sur un continent étranger, et que je ne peux révéler quand cela sera...]
Ici, Nostradamus nous dit clairement que, même si la lettre est addressée à son fils César, c'est à ce fils réincarné dans un pays lointain [étranger] qu'il en adresse le contenu. C'est également à cet individu qu'il semble prédire un don de prophétie, lorsqu'il termine sa lettre avec une autre prophétie:
Faisant fin, mon fils, prends donc ce don de ton père, Nostradamus, espérant toi déclarer une chacune prophétie des quatrains ici mis. Priant au Dieu immortel, qu'il te veuille prêter vie longue, en bonne et prospère félicité. De Salon, ce 1 de Mars, 1555.
[En terminant, mon fils, prends donc ce don de ton père, Nostradamus, en espérant que tu pourras interpréter chacun des quatrains de ce livre. Je prie le Dieu immortel de t'accorder une vie longue, heureuse et prospère. De Salon, ce 1 de mars 1555.]
Dans ce dernier extrait, Nostradamus semble prédire le don de prophétie de ce fils du futur, et l'incite même à interpréter ses prophéties.